Mademoiselle M., 1946

Mademoiselle M., 1946
Pastel sur papier, 54,8 x 34,5 cm

L’homme et son visage occupent Ruth Baumgarte sa vie durant. Déjà pendant ses études, elle crée de nombreux portraits et capture l’atmosphère spécifique de son époque par l’interaction respective de la tête et de la posture. « Une nouvelle vie que fleurit sur les ruines. Une fleur minuscule sur une tige grotesque qui pousse sur des gravats, qui nous fait sourire par son assurance et qui nous console », écrit « Zeit » dans son édition du 11 avril 1946 sur la soif de la beauté dans l’après-guerre. À cette époque naît la feuille expressive avec une « Mademoiselle », qui fait partie des premiers pastels conservés de Ruth Baumgarte de 1946. Le dessin de 55 cm de hauteur fait également se manifester sa deuxième passion artistique : la couleur.

Telle une apparition magique, le demi-buste d’une jeune femme aux yeux gris-bleu ressortit du dessin. Sa présentation est inhabituelle pour la période d’après-guerre : elle ne porte pas de béret basque ou un chapeau en feutre courants à l’époque, mais une création élégante en fourrure, soie et décoration florale qui couronne sa tête plus qu’elle ne la protège. La peintre rend sensible la texture délicate des tissus par des parties légères et colorées subtilement en rouge rouille jusqu’à jaune. Par des traits sporadiques par-dessus les joues incandescentes de rouge et des lèvres légèrement ouvertes, elle esquisse une voilette transparente.

La jeune femme se représente avec sa parure comme une fleur à parfum séducteur. Or, son regard direct et son menton résolu indiquent qu’elle connaît exactement l’effet que produit sa féminité sur son vis-à-vis. Par ce portrait de la mademoiselle anonyme M., Ruth Baumgarte rend hommage à toutes les femmes qui devaient se débrouiller dans la période bouleversée après 1945.